La chute de la monarchie de juillet en France: la fusillade du boulevard des Capucines (le 23 février 1848)

Une foule en colère, des soldats nerveux, peur, colère, confusion–toutes ces forces se rencontraient, par une nuit froide d’hiver, à un carrefour normalement calme à Paris.  Quand tout fut fini, trente-six personnes mortes.  Une série d’actions et de décisions prises par différentes personnes sur une période de temps donnée le 23 février 1848 à la soi-disant «fusillade sur le boulevard des Capucines.»  L’interdiction d’un «banquet» politique de l’opposition par le ministre des affaires étrangères, François Guizot, et le tollé ultérieure de meneurs de l’opposition et leurs militants de presse mirent en branle une succession d’événements apparemment spontanés qui a abouti à la confrontation d’une foule conduite par la Garde nationale avec le 14e Régiment de la ligne dirigé par le lieutenant-colonel Courant.

La décision arbitraire de Guizot à annuler un «banquet» politique par l’opposition a provoqué un tollé parmi les journaux de l’opposition, ce qui a ensuite déclenché une intense activité révolutionnaire à Paris.  D’une manière générale, les foules qui parcouraient Paris et érigeaient des barricades dans toute la ville sur les 22 et 23 février 1848 et, en particulier, les personnes qui les ont dirigées et les ont encouragées, portent une grande part de responsabilité des morts qui ont eues lieu, car s’ils n’avaient pas posé une menace pour l’ordre et la sécurité, ils n’auraient pas été nécessaire que les militaires interviennent.  Selon un témoin oculaire américain, Percy B. St. John, «Des centaines allaient  avec la détermination bien arrêtée de remettre les choses en question; mardi matin, j’ai vu des épées, des poignards et des pistolets cachés sous des vêtements d’ouvriers.»  Compte tenu de l’histoire de la racaille infâme de Paris, la décision de faire appel à l’armée pour maintenir l’ordre a été non seulement prudente, elle a été clairement une nécessité.  Toutefois, la décision d’utiliser la garde nationale historiquement et intrinsèquement peu fiable s’est avérée être une erreur qui a conduit à cet incident puisque les dirigeants du groupe qui a affronté le 14e Régiment de la ligne étaient les gardes nationaux.

Apparemment, la décision de diriger la foule à la demeure de Guizot a été faite, non pas par les dirigeants du groupe, mais par un membre de la foule, un certain Pannier-Lafontaine, qui, selon son propre témoignage, après avoir entendu le commentaire d’un spectateur à l’effet que leur cortège était pour rien et qu’ils seraient bientôt étouffés, a persuadé deux porte-flambeaux de diriger la foule vers la résidence de Guizot.  Déclarations par le lieutenant Schumacher et Launette, deux dirigeants de la populace, indiquent qu’ils ont décidé à l’avance d’éviter la résidence du ministre des Affaires étrangères, expressément en raison de la présence du 14e Régiment de ligne.  Toutefois, Launette dit que lorsque la colonne de Schumacher n’a pas suivi l’itinéraire prévu, il a inversé son mouvement et l’a rejoint.  Cela semble corroborer l’assertion de Pannier-Lafontaine qu’il était responsable pour l’arrivée de la foule au domicile de Guizot.

Ce qui s’est passé après l’arrivée de la foule est un sujet de litige. Que le lieutenant-colonel Courant a été catégorique en ne laissant pas passer la foule est fermement établi.  Le colonel déclare avoir été harcelé par les dirigeants de la foule et qu’il a essayé avec véhémence de les persuader de se disperser.  Ce rapport est corroboré par le sergent Giacomoni, un membre du 14e Régiment, ainsi que par un témoin, le docteur Dauptain.  Le lieutenant Schumacher, selon sa déclaration, celle du garde du corps Jean Neveu, et celle de Pannier-Lafontaine, a été l’un de ceux qui ont tenté de persuader Courant d’ouvrir les rangs et de les laisser passer.  La déclaration de Launette le montre comme un autre participant, et Pannier-Lafontaine nomme le garde lieutenant Blot comme un tiers.

Compte tenu de l’histoire sanglante des foules de Paris, il est incontestable que les soldats se sont sentis menacés par cette énorme masse en colère.  Selon la déclaration du lieutenant-colonel Courant, «Il serait impossible de vous dire à quelle violence j’ai été exposé.»  Le sergent Giacomoni dit de la foule que, «Ils ont voulu entrer dans la résidence, et ils ont dit qu’ils pouvaient se frayer un chemin dedans.»  Schumacher et Neveu ont tous deux déclaré avoir entendu un membre anonyme et peut-être inconnu de la foule en criant haut et fort sans cesse:  «Nous allons passer!»  Le sergent Giacomoni rapporte qu’après que le colonel Courant a terminé sa discussion avec Schumacher et les autres, il «a vu un homme qui faisait partie de la foule lever un pistolet et viser  le colonel; le coup de feu a retenti et a frappé le carabinier Henri en plein visage; Henri se trouvait au premier rang tout près de l’endroit où ce rang s’ouvrit pour laisser entrer le colonel.»  Le colonel Courant signale également que «un coup de feu a retenti » après qu’il ait donné l’ordre de charger  les baïonnettes.  Le major Odille, un membre de la cavalerie derrière le 14e Régiment, rapporte également l’audition de la première et seule balle.  Giacomoni dit qu’à ce moment  des membres de la foule ont tenté de prendre les fusils des soldats.  Des coups ont été échangés des deux côtés; il en résultat trente-six morts.

Courant affirme que les tirs sur la foule ont été une réaction spontanée des soldats provoquée par la «panique» due au premier coup de feu.  Le major Odille dit que immédiatement après le premier coup de feu, la foule a commencé «un feu roulant qui a été dirigé vers» les troupes.  Le sergent Giacomoni a déclaré qu’il était certain que le lieutenant-colonel Courant n’a pas donné l’ordre de tirer.  Schumacher, d’autre part, a affirmé qu’il a entendu le colonel crier:  «Au feu!»  Toutefois, sa déclaration que, «Les soldats n’ont pas mis leurs armes à l’épaule, ils ont tiré dans la position de baïonnettes engagées» semble confirmer la déclaration de Giacomoni que les fusils des soldats «sont partis» en tant que les membres de la foule ont tenté de les prendre des soldats.  Neveu, qui était près de Courant, a déclaré qu’il était positif que le colonel n’a pas donné l’ordre de tirer.  Pannier-Lafontaine a également déclaré qu’il «n’a pas entendu d’ordre donné.»  Dauptain affirme qu’il a entendu un ordre de tirer, mais il ne savait pas qui l’avait donné.  A partir de ces rapports, on peut spéculer qu’on a tiré sur  Courant de la foule (peut-être que l’ordre de feu que Dauptain a entendu a été donné à ceux de la foule, et non pas aux soldats comme certains voudraient spéculer) et que les soldats  attaqués par la foule ont paniqué et ont riposté spontanément par reflex d’auto-conservation.

Si on suit le fil de blâme et de la causalité des morts de la fusillade sur le boulevard des Capucines, on pourrait directement pointer un doigt sur l’inconnu qui a tiré le premier, le seul coup de feu qui a entraîné la réaction de panique des soldats.  Toutefois, si on élargit les recherches et que l’on cherche une explication plus profonde, il faut considérer Schumacher et les autres dirigeants de la populace qui ont entraîné non seulement la foule à commencer leur marche, mais ont également provoqué la confrontation avec Courant et peut-être donné l’ordre à la foule de faire feu sur les troupes.  En outre, bien qu’il semble que Pannier-Lafontaine est celui qui a dévié la foule de l’itinéraire prévu à la résidence de Guizot, Schumacher n’a apparemment rien fait pour arrêter cela ou de réorienter sa trajectoire.  A examiner de plus près le lien de causalité, on remarque l’agitation de la ville le 22 et 23, alimentée par les dirigeants de l’opposition et les journaux, l’étincelle initiale étant l’interdiction de Guizot du «banquet» politique de l’opposition du 22 février 1848.  Néanmoins, tous ceux qui ont des connaissances sur le dix-neuvième siècle en France savent que  très peu de choses pourraient déclencher une révolution et que tout ce qui semble se produire par hasard ne le fait pas forcément.

Copyright 1995 (version anglaise).

Tous droits réservés 2010 (traduction française).

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