Critique du livre: Charles-Louis-Edmond de Bourbon, La survivance de Louis XVII: les preuves

Charles-Louis-Edmond de Bourbon, La survivance de Louis XVII: les preuves. (Paris: Institut Louis XVII, 1998), 118 pp.

De juin 1795 jusqu’à ce jour, une controverse a fait rage en France sur le sort du fils de Louis XVI et Marie-Antoinette.  La version officielle approuvée par le gouvernement est qu’il est mort dans la prison du Temple à l’âge de dix ans et fut enterré de nuit dans une fosse commune au cimetière Sainte-Marguerite. Beaucoup de gens pensent que c’était un mensonge du gouvernement, une dissimulation, pour masquer la vérité–qu’un substitut avait été mis à la place de Louis XVII et était mort en juin 1795 et que Louis XVII avait été sorti de la prison pour être utilisé comme un otage politique.  Quelques années plus tard, il y avait de nombreux prétendants.  L’auteur est le descendant de l’un d’eux:  Karl Wilhelm Naundorff.  L’auteur est l’arrière petit-fils de Naundorff et affirme qu’il est l’héritier légitime du trône français.  Dans son livre La survivance de Louis XVII: les preuves, il expose son affaire.

L’auteur dit que la raison pour laquelle il a écrit le livre était de fournir un complément aux participants à ses conférences sur Louis XVII, afin d’étendre sur les nombreuses et divergentes des «preuves» qui pointent vers Naundorff étant, en réalité, Louis XVII.  L’auteur dit que «le meilleur» travaille sur ce sujet provient du dix-neuvième siècle, mais est difficile à trouver.  Il cite l’ouvrage Louis XVII: des documents, des faits, des certitudes de Xavier de Roche, qui a été publié en 1986, comme étant excellent, un «véritable dictionnaire sur la question, mais d’épaisseur et ne se trouve pas» (p. I, 51).  Ainsi, l’auteur a décidé de faire une synthèse de ses propos, citant que des sources et des témoins qui sont «fiables, vérifiées, recoupées» (p. II).

C’est la Prusse qui a donné à Louis XVII le nom de Karl Wilhelm Naundorff.  L’auteur demande:  «Pourquoi?» (p. II).  Il montre la duplicité du gouvernement de la Prusse dans cette affaire, et il soulève également plusieurs autres questions:

1) Louis XVIII «n’a jamais rendu hommage à son défunt neveu.» Pourquoi pas?

2) Le duc de Berry, qui croyait que Naundorff était Louis XVII et estimait qu’il devrait être mis sur le trône de France, a été assassiné.  Pourquoi?

3) Pourquoi a-t-on  emprisonné Naundorff pendant trois ans après la mort de Louis XVIII?

4) «Charles X a brûlé le testament de Louis XVIII qui lui a demandé de confier son poste à leur neveu.»  Pourquoi?

5) La sœur de Louis XVII, Marie-Thérèse, ne verrait jamais Naundorff, répondre à ses lettres, ou de reconnaître ces témoins qui juraient qu’ils ont reconnu Naundorff comme étant, en réalité, Louis XVII.  Pourquoi pas?

6) Naundorff «avait toutes les particularités physiques, la mémoire, et le caractère de l’enfant royal, et tous ses enfants et descendants caractéristiques de la famille royale.»  Pourquoi cela serait-il alors s’il n’était pas le fils de Louis XVI et Marie-Antoinette? (p. III).

Ces questions et beaucoup d’autres l’auteur les pose dans l’introduction.  Il laisse le soin au lecteur de lire et de décider ensuite (p. IV).

L’auteur cite ceux qui sont morts en raison de leur proximité avec Louis XVII, dont le Docteur Pierre-Joseph Desault, qui avait traité la famille royale avant la Révolution française et Louis XVII, alors qu’il était en prison.  Le Docteur Desault a déclaré dans son rapport au Comité de sûreté générale que le garçon qu’il traitait à la prison du Temple en mai 1795 n’était pas Louis XVII.  Le Docteur Desault fut empoisonné le 1 juin 1795 après avoir remis son rapport au comité et après avoir été emmené à dîner par plusieurs de ses membres.  Deux de ses collègues, le Docteur François Chopart et le Docteur Doublet, sont morts subitement le 4 et 5 juin 1795.  Un troisième collègue, «le Docteur Jonas Abeille s’est aussitôt enfui en Amérique.»  Plusieurs années plus tard, il a révélé la raison de son départ (qui était qu’il ne voulait pas subir le même sort que ses collègues) dans un article de journal (p. 1).

L’auteur poursuit en citant beaucoup d’autres qui ont été assassinés, soit parce qu’ils avaient une connaissance directe de la sortie de Louis XVII du Temple, soit parce qu’ils étaient convaincus que Naundorff était Louis XVII.  Par exemple, «En 1814, Joséphine de Beauharnais, qui connaissait l’évasion du Temple et peut-être même y avait participé, a reçu la visite du tsar Alexandre Ier, à qui elle a révélé ses connaissances à propos de celui-ci.  Elle a été empoisonnée par un «cadeau» que Louis XVIII lui a envoyé…la police de Louis XVIII a perquisitionné Malmaison…et a saisi des documents de Joséphine» (p. 2). Beaucoup de ceux qui ont essayé d’aider Naundorff à être reconnu comme Louis XVII ont été assassinés (p. III, 2, 3, 16, 19, 24, 29-31, 39).  Des documents attestant de son identité et les procédures judiciaires ont disparu; pour les particuliers, ils ont souvent disparu immédiatement après leur mort (p. III, IV, 1-3, 11-13, 15, 32-33, 37-40, 44).  L’auteur dit que Naundorff était lui-même l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, la septième a été un succès (p. 3-4).

L’auteur examine les caractéristiques de Naundorff qui ont été confirmées lors d’un examen post-mortem par des médecins néerlandais civils et militaires (p. 4-5) et compare les caractéristiques physiques de Naundorff avec celles de Louis XVII (p. 5-6).  L’auteur recoupe ensuite les témoignages de Naundorff en le comparant à ceux de Louis XVI et de Louis XVII enfant (p. 6-9) et la ressemblance des enfants Naundorff et petits-enfants avec les Bourbons et les Habsbourg est flagrante (p. 9-10).

L’auteur cite les nombreux témoins qui ont connu Louis XVII enfant et qui ont ensuite rencontré Naundorff et, bien que sceptique au début, sont devenus tout à fait convaincu que Naundorff était Louis XVII parce que Louis XVII seul aurait pu avoir le souvenir particulier que Naundorff a révélé à chacun d’entre eux, que ce soit Madame de Rambaud, qui était avec Louis XVII depuis sa naissance jusqu’à ce que la famille royale a été mise au Temple, ou le dernier ministre de la Justice de Louis XVI, Etienne Louis Hector de Joly (p. 10-13).  Ensuite l’auteur énumère et discute le grand nombre de témoins qui connaissaient Naundorff et étaient convaincus qu’il était Louis XVII (p. 13-28).

L’auteur indique la complicité de la Prusse dans toute cette affaire (p. II, III, 3, 13-16, 25, 39, 40, 42-43).  «Il est étrange que Louis XVII ait été arrêté le 15 septembre 1824, à Bradenberg, tandis que Louis XVIII est mort le 16 septembre 1824 après une longue maladie…Le procès et la condamnation à la prison avaient l’effet de paralyser toute action de Louis XVII pour une demande éventuelle du trône» (p. 15).

L’auteur démontre «l’attitude étrange de la famille royale» à l’égard de Louis XVII et Naundorff.  Ils agissaient comme si Louis XVII n’avait jamais existé.  Ils ont récupéré ce qui restait du corps de Louis XVI, Marie-Antoinette, et Madame Elisabeth et les ont inhumés à Saint-Denis, ont effectué des services, et ont élevé des monuments à leur mémoire, mais n’ont absolument rien fait pour Louis XVII.  L’auteur cite le refus de Louis XVIII et Marie-Thérèse de répondre à toutes les lettres de Naundorff; l’assassinat du duc de Berry, après de violents affrontements avec Louis XVIII à l’égard de Naundorff/Louis XVII; et il donne la raison pour laquelle Marie-Thérèse «a toujours refusé de voir Naundorff… raison d’État »(p. 28-32).

L’auteur cite plusieurs requêtes pour que Naundorff soit reconnu comme étant Louis XVII dans les tribunaux français, qui ont toutes été rejetées sous prétexte de raison d’état (p. 32-36).  Un tribunal français a fait, en 1913, reconnaître et accepter les décisions du Parlement et les tribunaux des Pays-Bas qui a déclaré que «tous les descendants de Charles-Louis de Bourbon ont le droit de porter le nom de Bourbon» (p. 36).

L’auteur parle de l’évasion de Louis XVII du Temple et comment depuis des années, il a été gardé en otage par ceux qui voulaient s’en servir comme «sauvegarde.»  Il note que ceux qui faisaient partie de ce complot, «régicides pour la plupart,» non seulement n’ont pas été persécutés par Louis XVIII après la Restauration, mais ont été effectivement indemnisé par Louis XVIII (p. 40-45).

L’auteur passe en quelques détails sur les descendants de Naundorff/Louis XVII, donne l’arbre généalogique de la famille et de ses diverses branches.  Il affirme qu’il y a maintenant des branches cadettes au Canada et aux Pays-Bas.  Il dit que la sienne est la branche aînée et qu’il est «chef de famille» et héritier légitime du trône de France (p. 45-47).

L’auteur discute l’inconvenance et la fausseté de divers tentatives «scientifiques» de réfuter Naundorff comme étant Louis XVII.  Il dit que lui et sa famille veulent la preuve scientifique, mais il dit qu’il n’en a pas besoin parce que les autres éléments de preuve sont écrasants.  Il dit qu’ils se voient refuser l’accès à des éléments qui pourraient prouver scientifiquement leur position et, si fait, ont été attaqués par ceux qui ne souhaitent pas que Naundorff soit reconnu comme Louis XVII et ses descendants comme les héritiers légitimes du trône français (pg . 47-51).

L’auteur termine en disant qu’il ne cite que ces témoins de l’identité de Naundorff comme étant Louis XVII, qui venaient de récits de première main et qu’il y en a beaucoup plus, susceptibles d’être utilisés, mais qui sont trop nombreux pour un livre de cette taille (p. 51).  L’auteur présente ensuite de nombreuses lettres et aussi des documents concernant différents tests d’ADN (p. 55-116).  Il dit que les personnes chargées de la recherche ont commencé avec la thèse selon laquelle Naundorff n’était pas Louis XVII.  Il dit aussi que l’élément qu’ils ont utilisé (en référence à l’essai des os qui ont eu lieu en 1998) pour essayer de le prouver, ont été déplacés pendant tant d’années et n’avaient pas été sécurisés, il peut ne pas avoir été le seul faisant foi.  L’auteur affirme que ses requêtes pour exhumer Naundorff afin qu’un spécimen vérifiable puisse être obtenu, ont été refusées.  Il affirme que les résultats des tests ADN réalisés au moment de la publication «sont sans valeur» (p. 57).  L’Hôtel de Ville de Delft, Pays-Bas, où Naundorff/Louis XVII est enterré, refuse de laisser le corps de Naundorff être exhumés et la Mairie de Paris refuse de laisser le corps du garçon qui est mort au Temple être exhumé (p. 95, 107, 114-117).

La mort civile.  C’est ce que ceux qui ont retiré Louis XVII de la prison du Temple voulaient accomplir.  Après plus de deux cents ans, les descendants d’un Karl Wilhelm Naundorff, qui était certain, et qui a convaincu beaucoup d’autres, qu’il était Louis XVII, tentent toujours de faire éclater ce qu’ils croient sincèrement être la vérité à la lumière.  On pourrait dire que le jugement de l’auteur est faussé car il est l’arrière-petit-fils de Naundorff.  Mais on a encore les preuves accablantes qui semblent donner crédit à ses affirmations.  Les questions qu’il soulève, au début de ce travail, sont toujours valides.  Pourquoi en effet?

L’auteur semble sincère dans son désir de fournir des échantillons d’ADN aux chercheurs qui en font la demande, même si pour la plupart il ne les voit que comme des «ennemis» qui cherchent à le discréditer, lui et sa famille.  Le refus des mairies de Paris et de Delft pour permettre l’exhumation du corps de Naundorff et de celui du garçon qui est mort au Temple en juin 1795 ne manqueront pas de soulever des questions.  Des échantillons vérifiables qui pourraient, on l’espère, satisfaire les deux parties ne semblent pas trop demander, afin de faire la lumière sur un sujet qui été si intensément débattu depuis de nombreuses années.

Karl Wilhelm Naundorff était-it effectivement Louis XVII?  Une énorme quantité de preuves semblent indiquer que tel était le cas. Si les gouvernements de l’Europe descellaient les documents relatifs à Louis XVII qui ont été scellés depuis le Congrès de Vienne en 1815, si les mairies de Paris et de Delft permettaient l’exhumation des corps de Naundorff et du garçon qui est mort au Temple, et si tant de questions que se pose l’auteur pouvaient être résolues, peut-être alors le mystère pourrait enfin être résolu. Jusque-là, le débat se poursuivra sans doute.

Copyright 2003 (version anglaise).

Tous droits réservés 2010 (traduction française).

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Un commentaire pour Critique du livre: Charles-Louis-Edmond de Bourbon, La survivance de Louis XVII: les preuves

  1. Phil Lou dit :

    Cet homme dit la vérité: il est le digne descendant des fils de Saint-Louis !

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