Les massacres de septembre, partie trois

Heureusement, ces historiens et quelques autres ont osé un regard critique sur la preuve et proposé ce qui leur a semblé la cause la plus probable, malgré les affirmations et les dénonciations de l’établissement.

Personne ne croyait vraiment à l’époque que les massacres de septembre 1792 étaient dus à un soulèvement spontané du peuple, encore moins le peuple lui-même. Néanmoins, dans un effort pour glorifier la Révolution française, beaucoup de ceux qui ont cherché à inscrire l’Histoire comme elle se passait, et en particulier ceux qui sont venus une ou deux générations plus tard, ont cherché à justifier ces terribles crimes.1

Il y avait, toutefois, ceux qui cherchaient à faire connaître la vérité, comme chroniqueurs, auteurs de mémoires et autres témoins oculaires qui ont vu la nécessité d’une documentation de ce qui s’est réellement passé.2 Suite aux incendies qui ont détruit de nombreux documents de la Mairie de Paris et du siège de la police en 1871, le travail des historiens pour trouver des preuves écrites et établir la culpabilité est devenu beaucoup plus difficile.3 Néanmoins, quelques historiens, surtout dans les vingt dernières années, ont osé un regard critique sur ces éléments de preuves qui ont survécu et ont exposé leurs conclusions.

Bien que ces historiens dissidents n’ont pas toujours osé aller aussi loin que de livrer des noms, ils sont tous d’accord sur certains principes de base. Louis Gosselin, écrivant à la fin du dix-neuvième siècle, affirme qu’il serait possible de «croire à quelque vaste et ténébreuse association dont ces membres se seraient donné pour but la destruction de la monarchie» et, si cela est vrai, cela serait peut-être «la clef de bien des énigmes». Donc, en 1895, Gosselin dit: «C’est possible».4 Ecrivant une décennie plus tard, il semble prêt à aller un peu plus loin en discréditant la théorie d’un soulèvement populaire et en affirmant qu’il existe des preuves indiquant que les dirigeants du gouvernement étaient responsables, citant le bon ordre des procès fictifs,5 ainsi que d’une note signée par les fonctionnaires de la Commune de Paris «‘aux membres de la section Quatre-Nations’», leur ordonnant «‘de juger tous les prisonniers de l’Abbaye, sans distinction’».6 Néanmoins, Gosselin ne veut pas dire avec certitude que le gouvernement était directement responsable, mais il dit que la Commune de Paris était au moins indirectement et pénalement responsable de «la provoqua et mit tout en œuvre pour en faciliter l’explosion».7

Ce n’est qu’en 1954, qu’un autre historien prend un regard plus critique sur les massacres de septembre. Et Francis Pichon avance des noms. Il accuse d’abord Jean-Paul Marat d’incitation à la peur et l’indignation parmi le peuple en répandant la rumeur d’un complot royaliste dans son journal, l’Ami du Peuple, dont Pichon considère l’idée «absurde et perfide, et contraire à la réalité».8 Pichon se réfère également à la seule admission pure et simple de la culpabilité que nous avons en dossier : celui du ministre de la Justice Georges- Jacques Danton . En parlant des massacres dans une conversation privée avec le jeune duc de Chartres,9 Danton avoue: «‘C’est moi qui l’ai fait. Tous les Parisiens sont des J … F …. Il fallait mettre une rivière de sang entre eux et les émigrés’».10 Ecrivant un an plus tard, R. Cobb met le blâme sur «de la mollesse et de la peur de se compromettre qui caractérisent l’attitude, et l’inaction, des autorités municipales dans les Journées de Septembre».11

Notes:

1Paul Girault de Coursac et Pierrette Girault de Coursac, Septembre 1792: la mort organisée (Paris: F.-X. De Guibert, 1994), 122.

2Bien que la liste qui suit ne soit pas exhaustive, on peut avoir ainsi une idée de la diversité des témoignages. Un avocat qui a été arrêté en août et envoyé à la prison de la Force: Maton, «Crimes de Marat», dans Les Massacres de Septembre; la fille du ministre controversé des Finances Necker: Anne Louise Germaine Staël-Holstein, Oeuvres complètes de Mme la Baronne de Staël, 17 vols. (Paris: Treuttel et Wurtz, 1820); la gouvernante des enfants royaux: Louise Elisabeth Félicité de Tourzel, Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel (Paris: Plon, 1883); la maire de Paris au début de la Révolution française: Jean-Sylvain Bailly, Mémoires, (Paris: Baudouin frères, 1821); une intime du duc d’Orléans: Grace Dalrymple Elliott, Journal of My Life during the French Revolution (London: Rodale Press, 1955); un francophile anglais: William Augustus Miles, The Correspondence of William Augustus Miles on the French Revolution 1789-1817, 2 vols. (London: Longmans, Green, and Co., 1890); y compris, pour être cités plus tard, seront des sources aussi variées que le nombre de prisonniers qui ont vécu les massacres, un journaliste qui faisait partie du cercle intime des conspirateurs, un chef de section qui tenait une réunion du comité quand les massacres ont commencé et pendant qu’ils continuaient mais n’étaient pas dans le secret, etc.

3Paul et Pierrette Girault de Coursac estiment que ces feux ont été délibérément allumés afin de détruire une grande partie de la preuve écrite restantes: «Mais est-ce bien l’effet du hasard si les dépôts qui contenaient de renseignements sur le caractère voulu, prémédité, organisé et exécuté de sang-froid de ces massacres, la Préfecture de Police et l’Hôtel de Ville, aient été brûlés en 1871?» Girault de Coursac et Girault de Coursac, Septembre 1792, 7.

4Louis Léon Théodore Gosselin, Paris révolutionnaire (Paris: Firmin-Didot, 1895), 157.

5Gosselin avance pour preuve que les massacres ont été planifiés par le fait que les «juges» de la prison de la Force, «pour éviter toute scène violente à l’intérieur de la prison, ne prononçaient point la sentence de mort en présence du condamné: ils disaient seulement: ‘Conduisez monsieur à l’Abbaye’. Le malheureux, croyant qu’on le transférait seulement d’une prison à une autre suivait docilement ses égorgeurs. A l’Abbaye la sentence de mort était: ‘Conduisez monsieur à la Force’. Cette similitude de procédés est, en quelque sorte, la preuve qu’un mot d’ordre avait été donné et que les divers groupes d’assassins obéissaient à une même impulsion»; Louis Léon Théodore Gosselin, Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 97.

6Gosselin, Les Massacres de Septembre, 7-8.

7Ibid., 7.

8Francis Pichon, Histoire barbare des Français (Paris: Seghers, 1954), 163.

9 Le duc de Chartres était le fils du duc d’Orléans, qui était lui-même le chef d’une faction dont le but était, croit-on, de mettre le duc d’Orléans sur le trône de France à la place de son cousin Louis XVI. Elliott, Journal, 4, 9, 10, 69, 89; Tourzel, Mémoires, 1:6, 1:21; François Claude Amour de Bouillé, Mémoires du marquis de Bouillé (Paris: Baudouin frères, 1821), 87, 100. Le duc de Chartres est devenu le roi Louis-Philippe à la suite de la Révolution de 1830. Il est considéré par beaucoup que le duc de Chartres a engagé les assassins qui ont tué l’héritier légitime du trône de Bourbon, le duc de Berry.

10Pichon, Histoire barbare des Français, 169. André Guès, «L’orgine des massacres de Septembre», Ecrits Paris 366 (1977); 85.

11R. Cobb, «Quelques documents sur les massacres de Septembre», Annales historiques de la Révolution française 138 (1955); 61.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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