Les massacres de septembre, partie huit

Ayant échoué dans leur tentative du 20 juin 1792 pour détrôner le roi Louis XVI,1 les révolutionnaires ont soigneusement fait des plans pour tenter à nouveau de le détrôner en août de la même année. Il ne fait aucun doute qu’il s’agissait d’un acte «froid, délibéré et prémédité».2 De nombreux témoins attestent que «le jour et l’heure» de l’attaque prévue sur le palais des Tuileries étaient connus partout dans Paris plusieurs jours à l’avance, et que les Jacobins étaient les auteurs de cette perfidie.3 Le Times de Londres a déclaré que la déchéance du roi «était l’intention des JACOBINS depuis le début de la Révolution, il n’y avait aucun doute».4 Le lendemain, ce même journal a impliqué des membres de l’Assemblée nationale française, déclarant que, «C’était un complot délibéré, éclos dans ce foyer de la rébellion, l’Assemblée des Jacobins, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Tout les faits combinés en preuves et la conclusion de la tragédie a prouvé ces prémisses bien établis».5 Un journaliste jacobin français, en documentant les crimes de la Révolution française plusieurs années après les vents politiques ayant changé, a reconnu que: «La journée du 10 août … est un des crimes de l’Assemblée législative … car elle en était prévenue; plusieurs de ses membres étaient du nombre des organisateurs».6

Puisque détailler les événements du 10 août 1792, n’entre pas dans le champ d’application de cette essai, il suffit de dire que quelques jours avant l’attaque contre le palais des Tuileries, le maire de Paris, Jérôme Pétion, «a demandé au nom des 48 sections de Paris la déchéance du roi»,7 et dans la nuit du 9 au 10 août, les Jacobins ont pris le gouvernement de la ville de Paris.8 Plus tard, l’Assemblée nationale a détrôné le roi,9 pour le remplacer par «un Conseil exécutif provisoire choisi par l’Assemblée; il se compose des six ministres … [y compris] Danton à la Justice … et Roland à l’Intérieur»,10 et a décrété que «une Convention nationale … était convoqué pour le 20 septembre» afin de se prononcer sur une nouvelle forme de gouvernement.11 L’attaque des Tuileries le 10 août 1792 a entraîné la mort de près de trois mille personnes.12 La boucherie et le cannibalisme13 qui eurent lieu le 10 août seraient répétés, mais avec beaucoup plus d’horreurs, la semaine du 2 septembre.

Notes:

1Le roi et sa famille avaient été assignés à résidence et places sous surveillance étroite dans Paris depuis octobre 1789; bien que Louis XVI était encore techniquement un monarque constitutionnel, il a occupé le pouvoir exécutif seulement théoriquement. Louise Elisabeth Félicité de Tourzel, Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel (Paris: Plon, 1883), 1:6, 1:17, 1:155, 1:53, 1:60, 1:61, 2:76; Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:104; «Au mois de juin des tentatives ont été faites pour reléguer aux oubliettes le nom même du roi, et tout ce qui restait de l’idée de la royauté. Le complot ayant échoué à accomplir son objet, le 20 juin, les choses ont continué à peu près sur le même pied jusqu’au mémorable 10 août, date du déclenchement de la terrible attaque des Tuileries», Vittorio Alfieri, Mémoires, traduit anonyme, traduit révisé E. R. Vincent (London: Oxford University Press, 1961), 273.

2Times (Londres), le 16 août 1792.

3Times (Londres), le 15 août 1792; le lendemain, le même journal a rapporté que: «Bien que tous les habitants de Paris ont été pleinement informés de la terrible catastrophe qui devait avoir lieu, bien que le jour et l’heure ont été fixés et était connus de tous, bien que les bandits ait déclaré que exactement à minuit le jeudi commencerait à battre la générale, et les tocsins à sonner … les Parisiens … semblaient tranquillement se soumettre et se préparer à être massacrés sans résistance», Times (Londres), le 16 août 1792; Madame de Tourzel rapporte que «leur plan était tellement connu, que Branger, médecin de Mgr le Dauphin, me remit plus de huit jours avant l’événement [10 août 1792] un petit imprimé qui était le programme le plus fidèle de cette effroyable journée, lequel fut suivi de point en point», Tourzel, Mémoires, 2:201; François-Auguste de Frénilly, Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (Paris: Plon-Nourrit, 1909), 165.

4Times (Londres), le 15 août 1792.

5Ibid., le 17 août 1792.

6Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, à dater du 24 août 1787 (Paris: Prudhomme, 1797), 58; Prudhomme était «commissaire de la section des Quatre Nations et rédacteur du journal Les Révolutions de Paris…officier municipal, membre du Comité de la section Quatre Nations…[et] lui-même un des assassins de l’Abbaye», Paul Girault de Coursac and Pierrette Girault de Coursac, Septembre 1792: la mort organisée (Paris: F.-X. De Guibert, 1994), 33-34, 74, 116.

7William Augustus Miles, «M. Scipion Mourgue à Mr. Miles, Portman Square, le 7 août 1792», The Correspondence of William August Miles on the French Revolution 1789-1817, 2 vols. (London: Longmans, Green, and Co., 1890), 1:328; L’Orateur du Peuple (Paris), s.d.; «Enfin l’opinion publique, étant suffisamment préparée, Pétion, triomphant et goûtant d’avance le plaisir… de satisfaire sa haine personnelle contre Louis XVI, vint, à la tête des quarante-huit sections de Paris, demander la déchéance et une Convention nationale», Ferrières, Mémoires, 3:171-172; article daté à Paris, le 10 août 1792, Montreal Gazette, le 15 novembre 1792.

8«Ces commissaires avaient été nommés le 9 août…dans des séances de sections où il n’y avait que très peu de monde», Prudhomme, Histoire générale, 133; Frédéric Bluche, Septembre 1792: logiques d’un massacre (Paris: R. Laffont, 1986), 53.

9Times (Londres), le 15 août 1792; article daté à Londres, le 17 août 1792, Quebec Gazette, le 15 octobre 1792; François Armand Frédéric de La Rochefoucauld, Souvenirs du 10 août et de l’armée de Bourbon (Paris: Calmann-Levy, 1929), 33.

10Girault de Coursac and Girault de Coursac, Septembre 1792, 147; Miles, «Mr. Huskisson à Mr. Miles, Paris, le 18 août 1792», Correspondence, 1:329; «Assemblée nationale, nuit 9 au 10 août 1792. Séance permanente de la nuit du 9 au 10 août 1792. Extrait du procès-verbal. Depuis sept heures du matin jusqu’à neuf heures du soir [le 10 août]», Philippe Buchez and Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 17:19, 17:25, 17:27, 17:36.

11Miles, «Mr. Huskisson à Mr. Miles, Paris, le 18 août 1792», Correspondence, 1:329; «Assemblée nationale, nuit 9 au 10 août 1792. Séance permanente de la nuit du 9 au 10 août 1792. Extrait du procès-verbal. Depuis sept heures du matin jusqu’à neuf heures du soir [le 10 août]», Histoire parlementaire, 17:18. L’Assemblée nationale décrète que, «Les assemblées primaires se réuniront le dimanche 26 août pour nommer les électeurs» et «Les électeurs nommés par les assemblées primaires se rassembleront le dimanche 2 septembre, pour procéder à l’élection des députés à la convention nationale…Les députés se rendront à Paris le 20 septembre», «Séance de l’Assemblée nationale du samedi 11 août, à sept heures du matin», Histoire parlementaire, 17:44; «copie d’une lettre qui circule dans le camp de La Fayette: ‘la Constitution que vous avez juré de maintenir n’est plus … Citoyens, vous n’avez plus de représentants; l’Assemblée nationale est esclave; vos armées sont sans chef; Pétion [maire de Paris] règne ; le farouche Danton et ses satellites sont maîtres… Ainsi, soldats, choisissez si vous vous rétablir sur le trône l’héritier de la couronne, ou si vous voulez Pétion pour roi’», Montreal Gazette, le 29 novembre 1792.

12Miles, «M. Scipion Mourgue à Mr. Miles, Portman Square, le 17 août 1792», Correspondence, 1:328.

13Au moins 600 Gardes suisses avaient été massacrés et «mis en pièces» par la foule … «Dans la cour [des Tuileries] des harpies échevelées grillées sur des bûchers les membres des Suisses qui étaient morts dans les combats», Rupert Furneaux, The Last Days of Marie Antoinette and Louis XVI (New York: Dorset Press, 1968), 35-36.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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