Les massacres de septembre, partie treize

Tout au long du mois d’août, pendant qu’ils remplissaient les prisons, les organisateurs des prochains massacres ont gardé la populace agitée. Madame de Tourzel dit: «On avait grand soin d’entretenir l’effervescence qui régnait parmi les habitants des faubourgs, les fédérés et les Marseillais. On les faisait boire, on leur donnait de l’argent; et enhardis par les chefs des conjurés, qui les rassemblaient et les excitaient au carnage, ils tenaient des propos affreux.»1

Ferrières déclare que: «Ils [les responsables de la ville de Paris] invitaient la populace au meurtre, au pillage; assurant qu’il n’existait plus de loi; que c’était au peuple à se faire lui-même justice…Pour disposer le peuple au grand mouvement que l’on prépare, des émissaires agitent les groupes, parlent de nouveaux complots [aristocratiques], de la nécessité de les prévenir».2 Marat a proposé, sur une affiche diffusée partout dans Paris, qu’il pourrait être nécessaire, «pour sauver le peuple, de nommer un triumvirat d’hommes les plus éclairés, les plus intègres et les plus intrépides, qui concerteront toutes leurs mesures dans un Conseil composé des patriotes les plus judicieux et les plus purs».3 Du point de vue de Ferrières, c’était déjà un fait accompli, car depuis le 10 août «Marat, [Maximilien] Robespierre et Danton régnaient en despotes sur la Commune de Paris».4

Joseph Weber, frère de lait de Marie-Antoinette et l’un des défenseurs de la famille royale le 10 août, déclare que: «Animé de plus par les satellites de Marat et de Robespierre, le peuple devint tout-à-fait furieux; et ne trouvant plus les tribunaux assez expéditifs, il proclama, le 28 [août 1792], dans les sections, sa souveraineté, et il se disposa, tout à la fois, à l’aide de l’armée des jacobins, à remplir les fonctions d’accusateur, de juge et de bourreau».5

Le Times de Londres a publié un extrait d’un tract de 1790 «écrit par le même Carra qui dirige maintenant la foule des assassins à Paris …. Il révélera la vilenie cohérente de son auteur sanglante et atroce; et comme il a dans une grande mesure atteint ses objectifs, on peut se demander, quels autres massacres il a l’intention de faire exécuter».6

Arrestations arbitraires, dépouillant les personnes de leurs droits et la confiscation de leurs biens,7 la Commune de Paris était presque prête à exécuter la prochaine terrible étape.

Notes:

1Louise Elisabeth Félicité de Tourzel, Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel, 2 vols. (Paris: Plon, 1883), 2:206; un Marseillais a été entendu s’exclamer à l’un des rassemblements sanguinaires: «Oui…il faut exterminer tous les traîtres. Je ne suis pas venu ici de cent quatre-vingts lieues pour ne pas mettre cent quatre-vingts têtes au bout de ma pique»; Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:220; P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre, (Paris: Perrin, 1907), 124.

2Ferrières, Mémoires, 3:215, 3:220.

3Jean Paul Marat, «Marat, l’Ami du Peuple, aux braves Parisiens», le 26 août 1792, Les Pamphlets de Marat (Paris: Charpentier, 1911), 303.

4Ferrières, Mémoires, 3:210.

5Joseph Weber, Mémoires de Weber, concernant Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche et reine de France et de Navarre (Paris: Baudouin frères, 1822), 253.

6Times (Londres), le 25 août 1792.

7Maton, «Les crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 118-127; «Procès-verbaux», le 21 août 1792, M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 162-163; «Procès-verbaux», le 24 août 1792, Mémoires sur les journées, 168; «Procès-verbaux», le 28 août 1792, Mémoires sur les journées, 170; «Procès-verbaux», le 29 août 1792, Mémoires sur les journées, 174; Ferrières, Mémoires, 3:214.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

Tous droits réservés

Publicités
Cet article, publié dans Armand Saint Just, France - Histoire, Les massacres de septembre, Uncategorized, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s