Les massacres de septembre, partie vingt

Pour personnaliser cette tragédie, on pourrait se pencher sur les histoires de nombreuses personnes, mais celle qui est peut-être la plus lamentable est l’histoire de celle qui n’a pas vécu assez longtemps pour donner son témoignage: la princesse de Lamballe.

Née le 8 septembre 1749, Marie Thérèse Louise de Savoie-Carignan, la princesse de Lamballe1 est devenue surintendante de la maison de la Reine en 1775.2 Elles sont bientôt devenues les meilleurs amies.3 La princesse de Lamballe a suivi la famille royale aux Tuileries en octobre 1789 lorsque le marquis de La Fayette et sa bande de forcenés les ont obligés à résider à Paris, où ils ont mis le roi et sa famille en résidence surveillée.4 Lorsque la famille royale a tenté de s’échapper en juin 1791, la princesse de Lamballe, qui attendait que cette tentative soit une réussite, «parvint à s’embarquer pour l’Angleterre … Elle séjourna quelque temps à Londres, puis à Bath, et repassa la mer dans le courant de l’été. Elle vint à Bruxelles, à Aix-la-Chapelle et à Spa, où je [le comte d’Espinchal] la trouvai au mois de septembre».5

En toute sécurité hors de France, seule sa dévotion à son amie la Reine pourrait l’obliger à revenir à un endroit rempli de tant de dangers. Hélas, à la fin de l’année (1791), Marie-Antoinette demanda à son amie de revenir.6 Comme le 10 août 1792 approchait, la princesse de Lamballe a dit à la marquise de La Rochejaquelein: «Plus le danger augmente, plus je me sens de force. Je suis prête à mourir; je ne crains rien».7 Etant parente de la famille royale, la princesse de Lamballe a réussi à se réfugier avec eux à l’Assemblée nationale, ce jour fatidique du 10 août 1792.8 «Madame la princesse de Lamballe était sujette à des attaques de nerfs qui la rendaient très-malade».9 La Reine a tenté de la convaincre de rentrer plutôt chez elle, que de rester avec elle en captivité, mais la princesse de Lamballe a insisté pour rester auprès de sa Reine.10 Quelques jours plus tard, lorsque le roi et sa famille ont été emprisonnés au Temple, la princesse de Lamballe y est allée aussi, avec la gouvernante des enfants royaux, madame de Tourzel, ainsi que sa fille de seize ans, Pauline, et plusieurs autres.11

Notes:

1«Figure extrêmement agréable, teint de lys et de roses, jolie taille, superbe chevelure blonde, gaie, vive, aimant passionnément le plaisir, bonne, douce, l’esprit qui suffit à une très jolie femme, telle était la princesse de Lamballe», Joseph Thomas Anne d’Espinchal, Journal of the Comte d’Espinchal during the Emigration (London: Chapman and Hall, Ltd., 1912), 375-376.

2Louise Henriette Genest Campan, The Private Life of Marie Antoinette, 2 vols. (New York: Brentanos, 1917), 1:120; Espinchal, Journal, 376.

3Campan, The Private Life of Marie Antoinette, 1:121.

4Elisabeth Félicité de Tourzel, Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel, 2 vols. (Paris: Plon, 1883), 1:6, 1:17, 1:53, 1:55, 1:60, 1:61, 2:76.

5Espinchal, Journal, 377.

6«La Reine…parut désirer de ravoir auprès d’elle Mme la princesse de Lamballe, qui, jouissant d’un repos réel hors de France et en sentant toutes les douceurs, n’écouta alors que son devoir et les sentiments qui l’attachaient à son auguste amie. Elle se détermina à rentrer en France et partit d’Aix-la-Chapelle, non sans verser quelques larmes, ne pouvant cacher le funeste pressentiment du sort qui lui était réservé à Paris», Espinchal, Journal, 377; Tourzel, Mémoires, 2:105.

7«Je voyais toutes ses inquiétudes, tous ses chagrins: jamais il n’y eut personne de plus courageusement dévoué à la reine. Elle avait fait le sacrifice de sa vie…Elle n’avait pas une pensée qui ne fût pour le roi et la reine», Marie Louise Victoire de La Rochejaquelein, Mémoires de madame la marquise de La Rochejaquelein (Paris: Baudouin frères, 1823), 13.

8Tourzel, Mémoires, 2:215.

9Tourzel, Mémoires, 2:250; Espinchal, Journal, 376.

10La princesse de Lamballe eut une crise de nerfs alors qu’elle était détenue à l’Assemblée nationale avec la famille royale. Curieusement, cette attaque n’a pas suivi son cours normal et après quelques heures de repos, elle a pu retourner à côté de la Reine. Marie Antoinette «qui paraissait avoir un pressentiment de sa destinée [de Lamballe]», et ainsi continuait à la supplier de ne pas rester avec elle, mais la princesse de Lamballe «insista pour rester avec Sa Majesté». La princesse de Lamballe a avoué plus tard à Mme de Tourzel que «si son attaque avait eu sa suite ordinaire, elle aurait tellement senti l’impossibilité de se risquer à subir une captivité, qu’elle aurait été chez M. le duc de Penthièvre [son beau-père] aussitôt qu’elle aurait été remise, et serait partie de là pour l’Angleterre», Tourzel, Mémoires, 2:250-251.

11Tourzel, Mémoires, 2:239; article daté de Londres, le 23 août 1792, Maryland Gazette (Annapolis), le 8 novembre 1792.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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