Les massacres de septembre, partie vingt-cinq

Personne ne sait combien de personnes ont été assassinées à Paris la semaine du 2 septembre 1792. Les estimations varient du nombre improbable de neuf cent quatre-vingt-seize à quinze mille.1 Mais, comme la princesse de Lamballe, chaque victime avait une famille et des amis; chaque individu avait une vie précieuse qui a été cruellement emportée par une poignée de despotes et leurs sbires. Frénilly note: «Je trouvai tout le monde muet, consterné; c’était … ce même jour qu’avaient commencé les massacres; il n’y avait personne d’honnête à Paris qui n’y eût dans les prisons parents, amis ou connaissances».2

Les meurtres ne se sont pas limités aux prisons.3 Le Times de Londres a rapporté que: «Dans le massacre de la semaine dernière, toute personne qui avait l’apparence d’un gentilhomme, connue ou non, a été exécutée d’une pique à travers le corps».4 Comme plus d’informations deviennent disponibles, le Times a pu donner un peu plus de détail: «Le peuple massacrait toutes les familles et les serviteurs des émigrés … très peu de la nation suisse, ou des Français du Club des Feuillants, le Club Monarchique, etc. ont échappé à l’ abattage commun».5 Les enfants n’ont pas été épargnés: «La comtesse du Chèvre, avec ses cinq enfants, l’aîné qui avait moins de onze ans, ont été massacrés chez elle, rue de Bacq, le 3, et leurs corps exposés devant la porte».6 La barbarie régnait: «Place Dauphine, la populace avait fait un feu, où plusieurs hommes, femmes et enfants ont été rôtis vivants. La comtesse PERIGNAN avec ses deux filles … ont été dépouillées de leurs vêtements, lavées avec de l’huile, et rôties en vie, tandis que la populace chantait et dansait autour du feu».7 Faut-il s’étonner que ceux qui ont été témoins de ces événements aient déploré à plusieurs reprises que l’histoire aurait du mal à croire que de telles atrocités puissent se produire dans une nation civilisée précédemment?8 Un auteur a déclaré: «J’ai maintenant à tracer des scènes d’horreur auxquelles la postérité refuserait de croire, si elles n’étaient attestées par toute la génération actuelle, et si le supplice qui attend leurs auteurs n’en devait être une preuve incontestable.9

Tant de témoins ont fait référence au cannibalisme que cela mérite une enquête.10 Le Times de Londres a rapporté dans l’incident ci-dessus concernant la comtesse Perignan et ses deux filles que: «Lorsque la mère a été rôtie, la foule a amené six prêtres au même feu, et puis ayant coupé un peu de chair du corps [de la comtesse], a ordonné aux prêtres de la manger»; quand ils ont fermé leurs yeux et ont gardé le silence, «la populace a directement dévêtu le plus âgé d’entre eux … et l’a rôti, disant [aux autres prêtres], qu’ils pourraient peut-être trouver la chair de leurs amis meilleure que celle de la comtesse. Les cinq autres se sont immédiatement jetés dans le feu, et ont été brûlés à mort».11 En outre, la chair des victimes a été mise à la disposition d’autres barbares qui voulaient profaner leurs corps: «Plusieurs pâtissiers … ont fait des tartes avec la chair des Suisses – des émigres et des prêtres. – J’étais présent lorsque quatre Marseillais au restaurant de Bouvilliers, au Palais Royal, ont commandé deux de ces tartes, et les ont mangées en criant –Vive la nation».12 De nombreux témoins dans les prisons ont déclaré que les assassins buvaient le sang de leurs victimes.13

Le peu d’études sur les massacres de septembre qui ont été faites par les historiens a porté principalement sur les prisons et la culpabilité. Les massacres à travers Paris en dehors des prisons, ainsi que le cannibalisme qui a eu lieu, mériteraient un examen plus approfondi et plus de transparence.

Notes:

1Prudhomme a donné un faible nombre d’environ quatorze cents, Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, à dater du 24 août 1787 (Paris: Prudhomme, 1797), 208; Mercier a placé le nombre à huit mille victimes, Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), vi; Jourgniac Saint-Méard a ajusté le nombre par prison et est arrivé à un total de près de treize mille, Jourgniac Saint-Méard, «Mon agonie de trente-huit heures», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 268-269; «Les lettres reçues hier de la France, de l’autorité la plus respectable, calculent le nombre tués à QUINZE MILLE PERSONNES», Times (Londres), le 14 septembre 1792; Neuf prisons ont été envahies la semaine du 2 septembre, Prudhomme, Histoire générale, 164; Bluche a déclaré que le nombre est incertain en raison des incendies en 1871 qui ont détruit un certain «nombre de documents essentiels sur les massacres de 1792», donc il a placé la barre d’un peu moins de mille à quinze mille, Frédéric Bluche, Septembre 1792: logiques d’un massacre (Paris: R. Laffont, 1986), 98.

2François-Auguste de Frénilly, Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (Paris: Plon-Nourrit, 1909), 173.

3Times (Londres), le 10 septembre 1792; «nous avons reçu des rapports de la France du 3 septembre, que le 2 de ce mois, une scène terrible avait agité Paris …. Mais, si terrible à raconter, ils arrivèrent à une résolution de ne laisser aucun aristocrate à Paris derrière eux …. En conséquence, ils ont saccagé les maisons et les prisons de Paris, et, comme notre journaliste déclare, ils ont mis à mort un très grand nombre personnes», article daté de Philadelphia, le 30 octobre 1792, Maryland Gazette (Annapolis), le 8 novembre 1792; «l’on avait eu l’intention de se porter dans le domicile de tous les nobles, et même au Temple», Prudhomme, Histoire générale, 157.

4Times (Londres), le 10 septembre 1792.

5Ibid., le 12 septembre 1792.

6Ibid.

7Ibid.

8«Ces événemens sont encore uniques dans le monde connu: tous les peuples qui nous ont précédés, n’auroient pu les imaginer; tous les peuples qui nous suivront, ne pourront les croire», Antoine Ferrand, Eloge Historique de Madame Elisabeth de France (Paris: V. Desenne, 1814), 92; Times (Londres), le 10 septembre 1792; Roch Ambroise Cucurron Sicard, «Relation adressée par M. L’abbé Sicard, instituteur des sourds et muets, à un de ses amis sur les dangers qu’il a courus les 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 67-68; «Les générations futures se refuseront à croire que ces forfaits exécrables ont pu avoir lieu chez un peuple civilisé, en présence du corps législatif, sous les yeux et par la volonté des dépositaires des lois, dans une ville peuplée de huit cent mille habitans, restés immobiles et frappés de stupeur, à l’aspect d’une poignée de scélérats soudoyés pour commettre des crimes», Roch Marcandier, «Histoire des Hommes de Proie, ou les crimes du comité de surveillance», Philippe Buchez et Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 181, N.B.: Marcandier était l’ancien secrétaire de Camille Desmoulins.

9P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 129. Compte tenu du danger personnel très réel que les auteurs des témoignages et des mémoires, eux-mêmes soumis aux représailles en publiant leurs histoires, il est heureux que les historiens aient assez de matériel pour faire des recherches sur cet événement. La politique et la société française sont restées dans un tel état d’agitation pendant encore au moins cent ans de plus, que révéler ses opinions comportait beaucoup de risques. Les Mémoires de Madame de Tourzel, par exemple, n’ont été publiées qu’en 1883, longtemps après sa mort; préface des Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel (Paris: Plon, 1883).

10Joseph Weber, Mémoires de Weber, concernant Marie-Antoinette, archiduchesse d’Autriche et reine de France et de Navarre, 2 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 2:350; Sicard, « Relation», Mémoires sur les journées, 85, 91, 93, 95; Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», Mémoires sur les journées, viii; Prudhomme, Histoire générale, 99, 118; Antoine-Gabriel-Aimé Jourdan, «Déclaration du ancien président du district des petits-augustins et de la section des Quatre-Nations», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 111; Times (Londres), le 12 septembre 1792; William Augustus Miles, «Lord Fortescue to Mr. Miles», daté de Castle Hill, le 26 septembre 1792, The Correspondence of William Augustus Miles on the French Revolution 1789-1817, 2 vols. (London: Longmans, Green, and Co., 1890), 1:334; Maton, «Crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 152.

11«Ce qui s’est passé vers dix heures lundi soir [le 3 septembre 1792]», Times (Londres), le 12 septembre 1792.

12Times (Londres), le 12 septembre 1792.

13Pendant que Maton était devant le tribunal, quelqu’un derrière lui a dit: «Vous, Monsieur de la peau fine, je vas me régaler d’un verre de ton sang», Maton, «Crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 148; Jovin rapporte qu’ils ont utilisé leurs couteaux de boucher sanglants pour couper le pain qu’ils mangeaient «avec rage», Jovin, «Souvenirs d’un Vieillard», (Brussels: 1842), Louis Léon Théodore Gosselin, Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 96; Jourdan, «Déclaration», Mémoires sur les journées, 111; quelqu’un a apporté des petits pains aux tueurs et ils les ont trempés dans le sang avant de les manger, Maton, «Crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 151-152; Bluche, Septembre 1792, 231.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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