Les massacres de septembre, partie vingt-six

Comment de si ignobles crimes ont-ils pu se produire, ouvertement et sans retenue? Comment les gens ont-ils pu arriver à de telles extrémités? Peu de personnes seraient capables d’une telle barbarie … mais autant, c’est difficile à imaginer.1

Il y a un aspect de ce comportement cruel qui n’a pas été examiné jusqu’à présent. Il existe certaines preuves que les vins et spiritueux qui ont été si librement donnés (et dans certains cas, par la force) aux assassins2 peut avoir été mélangé avec une substance qui pourrait provoquer un tel comportement sans motif. Deux témoins oculaires ont déclaré: «Il est incontestable que la boisson qu’on avait distribuée aux assassins était mêlée d’une drogue particulière qui inspirait une terrible rage, et ne laissait à ceux qui la prenaient aucune possibilité de retour à la raison». Ils ont ensuite commencé à raconter l’histoire d’un portier qu’ils avaient connu pendant vingt ans, qui était très apprécié dans tout le quartier: «Il fut entraîné le 3 septembre au couvent de Saint-Firmin, où il fut contraint de faire le métier de bourreau. Nous l’avons vu six jours après … Il tremblait de tous ses membres, rendant par la bouche une véritable écume, demandant sans cesse du vin». Il leur a dit que ses employeurs lui avaient donné beaucoup à boire. Il a parlé et parlé de son expérience, «et chaque phrase était interrompue par ces mots: ‘j’ai soif’ …. Il est mort un mois après, sans avoir dormi [du tout] dans cet intervalle».3

Jourdan, président des comités civil et de surveillance de la section Quatre-Nations, dont une siégeait à la prison de l’Abbaye pendant les massacres, a témoigné avoir vu deux hommes qu’il pensait être des Anglais, non seulement offrir du vin aux bourreaux, mais les obliger à boire. Jourdan a entendu «un de ces massacreurs, qu’ils voulaient faire boire de force, leur dire: ‘Eh! f …..! laissez-nous tranquilles; vous nous avez fait assez boire; nous n’en voulons pas davantage’».4 Jourdan voulait une enquête plus approfondie sur la question. Il a recommandé avec insistance de procéder à l’interrogatoire du limonadier et du marchand de vin dont les activités étaient près de la prison de l’Abbaye.5

Ses allégations font que l’on regarde un peu différemment les livres de comptes de la commune. Une facture, dont le paiement a été autorisé par Tallien, était de «Cornu, limonadier … pour rafraîchissements fournis depuis le 22 août jusqu’au 17 septembre …… 99 liv. 17 s.».6 La Commune a également payé un marchand de vin qui a fourni du vin aux assassins de la Force huit cent cinquante livres.7 Le 5 septembre, la Commune, «sur la demande de M. Thibault, marchand de vin … nommé un commissaire pour prendre des renseignements sur plusieurs personnes qui doivent coucher cette nuit dans sa maison».8 Maton a témoigné que «Manuel avait fait mettre de la poudre à canon [dans l’eau de vie donnée aux assassins] pour entretenir leur fureur».9

Rien de tout cela n’est, bien sûr, des preuves concluantes. Plus de recherches seraient nécessaires pour déterminer la validité de cette théorie. En tout cas, même si elle peut expliquer le comportement de certains, cela n’explique certainement pas les actions du reste … surtout les auteurs de ces atrocités.

Notes:

1«C’était jusque dans les plus honnêtes artisans une frénésie incompréhensible» pour le meurtre, François-Auguste de Frénilly, Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (Paris: Plon-Nourrit, 1909),171.

2Jovin, «Souvenirs d’un Vieillard», (Brussels: 1842), Louis Léon Théodore Gosselin, Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 96; Maurice Termeau, «Comment Joseph Trouillard, Curé de Notre-Dame de Sillé-le-Guillaume, échappa aux massacres de septembre à Paris, en 1792», La Province du Maine (1976), 173; Jean-Claude-Hipolite Méhée, «La verité toute entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792», (Paris: 1794), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre, 183.

3«Relation des journées du 2 et du 3 septembre 1792, (Extrait de l’Histoire de la révolution française, par deux amis de la liberté)», «Pièces officielles», Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:485-486.

4Antoine-Gabriel-Aimé Jourdan, «Déclaration du ancien président du district des petits-augustins et de la section des Quatre-Nations», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 112-113.

5Ibid., 117.

6«Des sommes payées par le trésorier de la Commune de Paris, pour le compte du conseil-général, pour dépenses occasionnées par la révolution du 10 août 1792», Philippe Buchez and Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 18:235; «Etat des sommes payées par le trésorier de la Commune de Paris, pour le compte du conseil général, pour dépenses occasionnées par la révolution du 10 août 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 249; le beau-père de Danton, Charpentier, était aussi limonadier, P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 131.

7Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), xi.

8«Procès-verbaux», le 5 septembre 1792, M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 217.

9Maton, «Les crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 151.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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