Les massacres de septembre, partie vingt-huit

Les représentants du gouvernement n’ont pas manqué de profiter des nombreux avantages financiers qu’apporte la puissance absolue.1 Dans sa séance du 2 septembre, la Commune a ordonné la confiscation de «tous les effets des émigrés».2 L’Assemblée nationale a étendu ceci au niveau national le lendemain.3

Les prisonniers étaient une source particulièrement lucrative de revenus. Comme les bourreaux ont présenté chaque détenu devant les tribunaux fictifs (du moins ceux qui ont reçu cette formalité avant d’être tués), ils les ont dépouillés. Leur argent, bijoux et objets de valeur qu’ils avaient sur eux ont été déposés sur la table au greffe du tribunal avant le commencement de l’interrogatoire; l’argent et les objets de valeur ont ensuite été transmis à la Commune (on rappellera que les prêtres aux Carmes ont été encouragés à réunir autant d’argent que possible en vue de leur exil).4

Pendant toute la durée des massacres, les officiers municipaux se sont focalisés sur le point de s’assurer que tout allait bien. Un membre de la Commune est arrivé à l’Abbaye le 2 septembre et a annoncé: «La Commune vous fait dire que, si vous avez besoin de SECOURS, elle vous en enverra». Le comité a répondu: «Non … tout se passe bien chez nous». Ce a quoi le fonctionnaire de la ville a répondu: «Je viens … des CARMES et des autres prisons; tout s’y PASSE EGALEMENT BIEN». Ce qui, observa Sicard, «expliquera à ceux qui pourraient l’ignorer encore quelle part prenait aux événements de cette affreuse journée la COMMUNE DE PARIS».5

Afin de donner à ce carnage une façade de «justice populaire», la Commune, comme vue précédemment, mit en place des simulacres tribunaux.6 Des fonctionnaires municipaux et des responsables de section, vêtus de leurs écharpes gouvernementales, président ces séances donnant un air de légitimité à ces meurtres brutaux.7 Une note ordonnant le jugement de «tous les prisonniers de l’Abbaye», signée par Panis, Sergent, et Jean-Claude-Hipolite Méhée,8 utilisant leurs titres d’agents de la ville de Paris et le cachet de l’autorité de la mairie, est de plus la preuve irréfutable du rôle de la Commune dans les massacres de septembre.9

Ces mêmes administrateurs municipaux ont signé un document le 4 septembre intitulé, tout comme celui ci-dessus, à «Mes camarades», leur ordonnant «de faire enlever les corps morts, de laver et nettoyer toutes les taches de sang, particulièrement dans les cours, chambres, escaliers de l’Abbaye. A cet effet, vous êtes autorisés à prendre des fossoyeurs, charretiers, ouvriers, etc.».10 Ils ne doivent pas avoir été particulièrement approfondis, comme Grâce Dalrymple Elliott a eu le malheur d’être emprisonné dans les Carmes en 1794. Elle a observé que «les murs de notre réfectoire et même les chaises en bois étaient encore tachées du sang et de la cervelle des vieux prêtres vénérables qui y avaient été assassinés en ce jour horrible!»11 Gosselin a visité les Carmes plus de cent ans plus tard et a témoigné que «on distingue encore, sur les pierres grises et sur les planches vermoulues, l’empreinte des mains sanglantes de des coups de pique».12

Notes:

1Ordonné que tous les fonds et valeurs saisis par la police, soit des personnes arrêtées ou soit des émigrés seront déposés au Trésor de la ville, «Procès-verbaux», le 3 septembre 1792, M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 199; ordonné que tous les objets de valeur trouvés dans le coffre-fort et ailleurs à la prison de Saint-Firmin devront être déposés au Trésor de la ville, «Procès-verbaux », le 10 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 231; «Le conseil général déclare que tous les effets des prisonniers morts ou évadés depuis le 2 dudit mois jusqu’à ce jour appartiennent à la nation», «Procès-verbaux», le 10 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 231; la Commune avait déjà recueilli une bonne partie du butin du 10 août, «Procès-verbaux», le 10 août 1792, Mémoires sur les journées, 128; «Procès-verbaux», le 16 août 1792, Mémoires sur les journées, 143; «Procès-verbaux», le 20 août 1792, Mémoires sur les journées, 158-159; la Commune avait également décrété qu’aucun or ou d’argent n’étaient autorisés à quitter la ville, François-Auguste de Frénilly, Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (Paris: Plon-Nourrit, 1909),173.

2«Procès-verbaux», le 2 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 193.

3«Séance de l’Assemblée nationale du 3 septembre [1792] au matin», Philippe Buchez et Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 17:375.

4«Procès-verbaux», la nuit du 2 au 3 septembre 1792», Mémoires sur les journées, 195; «Séance de l’Assemblée nationale du dimanche 2 septembre [session de nuit; le témoignage en question s’est produit à 02h30 le 3 septembre 1792], Histoire parlementaire, 17:354; Roch Ambroise Cucurron Sicard, «Relation adressée par M. L’abbé Sicard, instituteur des sourds et muets, à un de ses amis sur les dangers qu’il a courus les 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 78, 83-84; Jean-Claude-Hipolite Méhée, «La verité toute entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792», (Paris: 1794), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 195; Maurice Termeau, «Comment Joseph Trouillard, Curé de Notre-Dame de Sillé-le-Guillaume, échappa aux massacres de Septembre à Paris, en 1792», La Province du Maine (1976): 173.

5Sicard, «Relation», Mémoires sur les journées, 84-85.

6Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:226.

7Jovin, «Souvenirs d’un Vieillard», (Brussels: 1842), Louis Léon Théodore Gosselin, Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 97-102; P.-A.-L. Maton, «Histoire particulière des évènements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, d’août et de septembre 1792 et qui ont opéré la chute du trône royal», (Paris: 1806), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 161-162; Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), viii; Bernard Conein, «Demiurges politiques et porte-paroles dans les massacres de Septembre (1792): les juges ‘improvisés’ dans les prisons de Paris», Les Intermédiaires culturels, Colloque, Aix-en-Provence 1978 (1981): 391-399; Méhée, «La verité», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 183-184; P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 147.

8Méhée, «élu, au 10 août, membre de la Commune insurrectionnelle…il se trouva être, à l’époque des massacres, le secrétaire-greffier de cette assemblée, et c’est lui qui, en cette qualité, signa différents arrêtés dont les assassins s’autorisèrent et des bons de travail délivrés au massacreurs pour prix de leur sinistre besogne», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 175.

9Gosselin, Les Massacres de Septembre, 333.

10Histoire parlementaire, 17:422; Gosselin, Les Massacres de Septembre, 334.

11Grace Dalrymple Elliott, Journal of My Life during the French Revolution (London: Rodale Press, 1955), 145.

12Louis Léon Théodore Gosselin, La Révolution par ceux qui l’ont vue (Paris: Bernard Grasset, 1934), 72.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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