Les massacres de septembre, partie vingt-neuf

Des milliers de corps démembrés et mutilés devaient être traités. Les fonctionnaires municipaux y avaient pensé à l’avance. La Commune a posé contrats sur les véhicules utilisés pour ramasser les cadavres la veille des massacres.1 Les officiers municipaux repartissent les enterrements de masse dans plusieurs cimetières (ils ont aussi utilisé une carrière abandonnée et d’autres sites de fouilles) et commandé de la chaux (pour décomposition plus rapide des corps).2 Une facture a été délivrée pour le remplacement des vêtements d’un certain citoyen qui ont été ruinés durant son travail … enlever les cadavres de la prison de la Conciergerie.3

Bien sur, les travailleurs doivent être payés et le gouvernement n’a pas manqué de payer les sicaires. Des documents ayant survécu ont démontré que la Commune a payé les assassins de la semaine du 2 septembre.4 Dans un décret macabre, quoique très bureaucratique dans sa formulation, la Commune a ordonné que la ville soit remboursée de ses avances par la confiscation et la vente des biens des détenus.5 Durant une visite à neuf heures du matin à l’Abbaye, le 3 septembre, Billaud-de-Varennes a assuré le comité civil des Quatre Nations que le Ministre de l’Intérieur avait mis des fonds de côté exprès pour payer les bourreaux.6 Méhée, qui était fonctionnaire municipal à l’époque, a confirmé que les assassins «avaient été définitivement payés» par le Ministre de l’Intérieur, Roland.7

Alors que les autorités municipales ont été très actives pendant les massacres (quoique pas de la manière qu’elles auraient dû l’être), les responsables nationaux sont restés étrangement silencieux au vu des atrocités qui se déroulaient dans la capitale. Du 2 au 5 septembre, alors que Paris était inondé de sang, l’Assemblée nationale ne consacrait «que deux heures aux massacres des prisons de Paris …. Aucun des orateurs, alors tout-puissans, n’éleva la voix en faveur de l’humanité; et ils étaient là sept cent cinquante sénateurs!»8 La branche exécutive du gouvernement national n’a pas réussi à agir comme elle le devrait: «Le Conseil exécutif … a laissé faire les massacres sans réagir. Les registres de ses délibérations sont muets sur l’événement».9 Ce qui n’est pas surprenant, puisque les organisateurs des massacres siégeaient aux plus hauts postes du gouvernement. Prudhomme a déclaré qu’«il est bien prouvé que toutes les autorités, c’est-à-dire, bon nombre de membres de l’Assemblée nationale, une partie de la Commune, le Maire Pétion, les Ministres … étaient d’accord. Aucun de ceux qui composaient ces autorités, ne s’est montré pour s’opposer aux massacres».10

Notes:

1Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), xi.

2«Etat des sommes payées par le trésorier de la Commune de Paris, pour le compte du conseil général, pour dépenses occasionnées par la révolution du 10 août 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 238-247; «Le sort de ces malheureux avait été si bien déterminé depuis plusieurs jours que le fossoyeur de la paroisse Saint-Sulpice avait reçu d’avance un assignat de cent écus pour préparer à Mont-Rouge la fosse qui devait recevoir leurs cadavres», Jourgniac Saint-Méard, «Mon agonie de trente-huit heures», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 25; Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:219; P.-A.-L. Maton, «Histoire particulière des évènements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, d’août et de septembre 1792 et qui ont opéré la chute du trône royal», (Paris: 1806), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 165; le 28 août, Manuel et Pétion sont allés à une carrière et avaient fait rouvrir une fosse pour l’utiliser comme un charnier pour certaines des victimes de septembre, P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 147.

3«Etat des sommes payées par le trésorier», Mémoires sur les journées, 247.

4«Etat des sommes payées par le trésorier de la Commune», Mémoires sur les journées, 242-243; «Procès-verbaux», le 6 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 219; Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 175; la nuit du 2 au 3 septembre, «un des égorgeurs vint se plaindre à haute voix, tant en son nom qu’en celui de ses camarades, qu’on les avait trompés, qu’on leur avait promis trois louis, et qu’on ne voulait leur en donner qu’un seul. Le commissaire répondit qu’ils avaient encore, dans les prisons de Saint-Firmin, de la Conciergerie, et d’autres, de l’ouvrage pour deux jours, ce qui ferait les trois louis promis», Lapize, «Relation», Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 260.

5«Procès-verbaux», le 6 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 219.

6Antoine-Gabriel-Aimé Jourdan, «Déclaration du ancien président du district des petits-augustins et de la section des Quatre-Nations», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 114; Jean-Claude-Hipolite Méhée, «La verité toute entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792», (Paris: 1794), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 196-197.

7Méhée, «La verité», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 199.

8Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, à dater du 24 août 1787 (Paris: Prudhomme, 1797), 163-164.

9Frédéric Bluche, Septembre 1792: logiques d’un massacre (Paris: R. Laffont, 1986), 137.

10Prudhomme, Histoire générale, 107.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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