Les massacres de septembre, partie trente

Plusieurs noms apparaissent continuellement dans les documents se rapportant aux massacres de septembre et prouvent que le gouvernement était derrière les massacres.1 Un fonctionnaire de la Commune, Germain Truchon, est arrivé à la Force le 2 septembre à environ onze heures du soir et a mis en place le faux tribunal de cette prison avec plusieurs membres de la Commune.2 Dans la matinée du 3 septembre, les assassins sont allés voir la concierge de la section femmes de la Force exigeant qu’elle leur rende les prisonnières. Ils voulaient surtout la princesse de Lamballe. La concierge leur a dit qu’elle «ne pouvait pas leur livrer sans l’autorisation de la municipalité». Ils ont rapidement contacté l’un des responsables de la ville que Truchon avait mis en place la veille à la Force et les prisonnières ont été livrées aux assassins – par l’autorité municipale!3

Le 3 septembre à deux heures vingt du matin, Truchon et plusieurs autres officiers municipaux se sont présentés devant l’Assemblée nationale (environ trois heures après avoir mis en place le faux tribunal à la Force). Truchon leur a menti en leur disant que les prisons étaient maintenant presque vides, même si les massacres se sont poursuivis pendant six jours. Tallien a déclaré à l’Assemblée nationale que la garde nationale ne pouvait pas intervenir dans les massacres de la prison car «le service des barrières exige un si grand nombre d’hommes, qu’il ne reste point assez de monde pour assurer le bon ordre». Il a ensuite ajouté que, de toute façon, «ils n’ont pu arrêter en quelque sorte la juste vengeance du peuple». Un autre commissaire plus obscur était surexcité jusqu’au vertige dans sa description du «peuple, [qui], en exerçant sa vengeance, rendait aussi sa justice».4

Les membres du comité de surveillance de la Commune, les signataires de la circulaire mentionnée ci-dessus qui encourageait les massacres des prisons dans toute la France, étaient Pierre Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, Deforgues, Leclerc, Dufort et Cailly.5 Prudhomme a déclaré que: «Ce fut dans le comité de surveillance de la Commune que s’organisa cette journée d’exécrable mémoire. Il y eut plusieurs conférences dans ce comité pour aviser aux moyens d’exécution … Dans une de ces conférences … Marat proposa de faire incendier les prisons … Billaud-Varennes proposa de tuer les prisonniers».6 Le 10 mai 1793, la Commune a accusé le comité de surveillance «d’avoir détruit à dessin, les procès-verbaux dans lesquels étaient inventoriés les objets saisis à domicile lors des arrestations ou sur les détenus, afin de pouvoir en faire profit»; les nommés étaient Panis, Sergent, Lenfant, Cailly, Dufort et Leclerc.7

Billaud-de-Varennes8 figurait en bonne place dans les jours sanglants de septembre 1792.9 Il a passé beaucoup de temps dans les prisons pendant les massacres, en encourageant les assassins à continuer, louant leur «travail»,10 et les assurant qu’ils seraient payés.11 Vers neuf heures du matin, le 3 septembre, Billaud-de-Varennes était à l’Abbaye pour donner un discours stimulant aux tueurs: «Responsables Citoyens! Vous avez bien mérités de la patrie: vous avez égorgé des scélérats, la France vous doit une reconnaissance éternelle. La Municipalité ne sait comment s’acquitter envers vous; sans doute le butin et la dépouille de ces monstres vous appartient, la Municipalité s’occupe de vous en récompenser; vous allez recevoir en attendant 24 liv. chacun: continuez, braves gens, votre ouvrage».12 Méhée, qui était aussi fonctionnaire municipal, a rapporté l’enthousiasme de Billaud-de-Varennes pour les atrocités: «Le 3 septembre matin, Billaud-Varennes est entré au conseil général de la Commune, tenant amicalement par la main un massacreur couvert de sang, et l’a présenté comme un brave homme qui avait bien travaillé».13 Ce même après-midi, Billaud-de-Varennes a donné un autre discours aux assassins de l’Abbaye, en disant: «Peuple … tu immoles tes plus grands ennemis! Tu fais ton devoir».14

Manuel, procureur de la Commune et, plus tard, un membre de la Convention, était constamment actif avant,15 pendant,16 et après les massacres.17 Quand Madame de Fausse-Lendry est allée à la mairie pour savoir pourquoi son oncle, l’abbé de Rasignac avait été arrêté, elle a parlé à «Manuel et tous les assassins qui composaient alors la Commune … Aucun d’eux ne savait que M. l’abbé de Rastignac fût arrêté». Elle demanda à être emprisonnée avec son parent âgé, afin de prendre soin de lui, mais ils refusèrent.18 Elle a ensuite parlé à «M. Sergent et autres [qui] me dirent que … les prisons n’étaient pas sûres».19 Le 28 août, Manuel et Pétion sont allés à une carrière et avait fait rouvrir une fosse pour être utilisée comme charnier; ils ont également inspecté plusieurs sites de fouilles dans le même but.20 Manuel est allé à la prison de la ville le 31 août pour dire aux prêtres qu’ils seraient bientôt expulsés; cependant, le lendemain, tous sauf trois ont été emmenés à l’Abbaye,21 et ceux qui les ont remplacés à la prison de la ville ont été les premiers à mourir dans les massacres de septembre.22 Le 2 septembre aux alentours de huit heures du soir, Manuel a prononcé un discours aux bourreaux de l’Abbaye, «mais ses yeux exprimaient plus le caractère de la contrainte, que de la joie sanglante qui animait ceux de Billaud».23 Manuel était de nouveau à la prison de l’Abbaye à sept heures du matin le 3 septembre. Madame de Fausse-Lendry l’a interrogé sur son oncle, dont elle avait été séparée, et il a répondu: «Soyez tranquille, Madame …. il ne lui arrivera rien; j’en réponds sur ma tête».24 Ils ont assassiné son oncle environ trois heures plus tard.25 Manuel était à la Force, où la princesse de Lamballe était détenue, le 3 septembre à environ huit heures du matin.26 Il est apparu brièvement au Temple vers onze heures le même jour … une heure avant la mort de la princesse de Lamballe. Cléry a déclaré qu’ «il me fit craindre … que le peuple ne se portât au Temple».27 A deux heures de l’après midi du 3 septembre, Manuel était de nouveau à l’Abbaye, où «il regardait les écrous des prisonniers, et … il avait fait bien des croix à côté de leurs noms».28 Il était, de toute évidence, un homme très occupé.

Plusieurs responsables gouvernementaux avaient un rôle dans la sortie de la prison de la Force de Pauline de Tourzel (noté ci-dessus): le Hardi énigmatique (au sujet duquel on sait peu) est celui qui s’est effectivement rendu à la prison;29 Billaud-de-Varennes a contribué à la mener dans un endroit sûr après que Hardi l’ait sortie;30 Truchon savait à ce sujet, mais avait seulement utilisé cette connaissance d’une manière menaçante;31 et Danton avait approuvé ça.32

Notes:

1«Chaque révélation qu’on recueille sur les sanglantes journées de septembre accuse la mémoire de Danton, de Tallien, de Manuel, et surtout Billaud de Varennes; leurs noms se trouvent attachés à presque tous les documents inédits que nous publions sur cette époque», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), iv.

2P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Histoire particulière des évènements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, d’août et de septembre 1792 et qui ont opéré la chute du trône royal», (Paris: 1806), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 161-162.

3Il s’agit de Dangé, officier municipal qui est devenu plus tard administrateur de police, Dame Veuve Heancre, «Rapport de la Dame Veuve Heancre, concierge des prisons du Petit Hôtel de la Force», (Arch. Nat. F7, 3688 2), R. Cobb, «Quelques documents sur les massacres de Septembre», Annales historiques de la Révolution française (1955), 61.

4«Séance de l’Assemblée nationale du dimanche 2 septembre», [la séance n’avait pas été ajournée et cet incident est arrivé à 02h30 le 3 septembre 1792], Philippe Buchez et Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 17:354; article daté de France, l’Assemblée nationale, le 3 septembre 1792, Gazette of the United States (Philadelphia), le 3 novembre 1792.

5Philippe Buchez et Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 17:432-433.

6Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, à dater du 24 août 1787 (Paris: Prudhomme, 1797), 156.

7Histoire parlementaire, 18:22. «Les partisans des massacres ne diront pas sans doute que les diamants et les bijoux, etc., des personnes arrêtées étaient suspects. Cependant on s’emparait avec soin des personnes et des choses: ce seul fait suffit, ce me semble, pour donner la clef des massacres»; évidemment, le comité de surveillance avait plusieurs entrepôts remplis de biens volés, Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), vi.

8Quelques écrivains épellent son nom Billaud-de-Varennes, d’autres Billaud-Varennes.

9«Billaud-de-Varennes, ex-oratorien, était l’un des directeurs de ces boucheries, et en sa qualité de substitut du procureur de la Commune, il devait fournir les premières victimes», Prudhomme, Histoire générale, 95-96.

10P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 152.

11Ibid.

12Prudhomme, Histoire générale, 105.

13Jean-Claude-Hipolite Méhée, «La verité toute entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792», (Paris: 1794), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 199.

14Prudhomme, Histoire générale, 99; Méhée, «La verité», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 182.

15«Dans le temps du massacre des prisonniers, dont on était informé quelque jours auparavant, madame de La Trémoille, instruite de cet événement cruel et prochain, s’empressa de courir chez Manuel, dans l’intention de prévenir le meurtre de madame Saint-Brice, son amie, alors détenue à la maison de la Force, et lui parla en ces termes: S’il était possible, Monsieur, de croire que vous vous refusassiez à m’accompagner pour faire élargir sur-le-champ ma plus tendre amie, je vous déclare que je suis décidée à me brûler la cervelle en cet instant. Cette dame tira en effet un pistolet de sa poche et allait exécuter son dessein. Manuel, effrayé, tenta inutilement de désarmer et de calmer madame de La Trémoille, qui ajouta que son parti était pris, qu’elle était résolu à se donner la mort, et qu’elle le suppliait de ne pas tarder à monter dans sa voiture. Manuel, pressé par cette dame énergique et sensible, céda à ses violentes sollicitations, et, en sa qualité de procureur-syndic de la Commune, fit relâcher madame Saint-Brice. Cette dame, après les tendres embrassements de son amie, déclara à sont tour à Manuel qu’elle ne sortirait point de la prison qu’il n’eût mis le comble à sa générosité en rendant à la liberté mademoiselle de Tourzel. Manuel, embarrassé de nouveau, chercha des défaites, allégua mille raisons pour se dispenser de cette belle action. A la fin il fut contraint de se rendre et procura également, mais malgré lui, l’élargissement de mademoiselle de Tourzel», Paysac de Fausse-Lendry, «Quelques-uns des Fruits amers de la révolution et une faible partie des journées des 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 59.

16La nuit du 2 septembre, Manuel se dirgeait vers la prison de l’Abbaye quand «il fut rencontré sur le Pont-Neuf par un membre [du] comité civil [qui se réunissait à l’Abbaye et n’étaient pas tous dans le complot], qui lui dit : Citoyen, venez promptement, l’on égorgé à la prison de l’Abbaye. Manuel répondit: Retirez-vous, cela ne vous regarde pas», Prudhomme, Histoire générale, 101.

17Jourginac Saint-Méard, qui a échappé aux massacres, soupçonnait Manuel d’envoyer plus tard des tueurs à gages pour le tuer à deux reprises, Jourgniac Saint-Méard, «Mon agonie de trente-huit heures» M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 284; «Procès-verbaux», le 2 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 192.

18Fausse-Lendry, «Fruits amers», Mémoires sur les journées, 55.

19Ibid., 56.

20Maton, «Les crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 147; Maton, «Histoire particulière», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 165.

21Roch Ambroise Cucurron Sicard, «Relation adressée par M. L’abbé Sicard, instituteur des sourds et muets, à un de ses amis sur les dangers qu’il a courus les 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 73-75.

22Sicard, «Relation», Mémoires sur les journées, 76-78; Louis Léon Théodore Gosselin, Paris révolutionnaire (Paris: Firmin-Didot, 1895), 124; Méhée, «La verité», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 177-179.

23Méhée, «La verité», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 196.

24Fausse-Lendry, «Fruits amers», Mémoires sur les journées, 59.

25Jourgniac Saint-Méard, «Mon agonie», Mémoires sur les journées, 24-25.

26Maton, «Les crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 147.

27Jean Baptiste Cléry, Journal de J. B. Cléry, valet de chambre du roi (Paris: Jean de Bonnot, 1966), 27.

28Jourgniac Saint-Méard, «Mon agonie», Mémoires sur les journées, 27.

29Louise Elisabeth Félicité de Tourzel, Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel, 2 vols. (Paris: Plon, 1883), 2:293-392, 2:260, 2:265, 2:269, 2:270-271, 2:274, 2:275; Gosselin, Les Massacres de Septembre, 92.

30Tourzel, Mémoires, 2:300-301.

31Ibid., 2:275.

32Ibid., 2:300.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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