Les massacres de septembre, partie vingt-sept

Il y a des preuves accablantes que les responsables gouvernementaux, tant au niveau national que local, ont planifiées, organisées et participées aux massacres de septembre.1 Outre l’information donnée ci-dessus qui implique la culpabilité, on peut accéder à une multitude de sources qui ramènent aux détenteurs du pouvoir. D’abord, en regardant l’implication globale et, ensuite, les actes individuels, cela ne laisse aucun doute que les chefs du gouvernement étaient responsables des massacres de septembre.2

Les dirigeants nationaux et municipaux ont publiquement et sans vergogne sanctionnés les meurtres de masse. Le 3 septembre, la Commune de Paris a adressé une circulaire à travers la France exhortant l’imitation des massacres qui avaient commencés dans la capitale: «La Commune de Paris se hâte d’informer ses frères de tous les départemens qu’une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple; actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir, par la terreur, ces légions de traîtres cachés dans ses murs … et sans doute la nation entière … s’empressera d’adopter ce moyen si nécessaire de salut public».3 L’Assemblée nationale a donné son approbation le jour même: «La vengeance du Peuple contre les conspirateurs était juste».4

Puisque les dirigeants gouvernementaux étaient responsables des massacres5 et, par conséquent, les ont approuvés, ils n’ont rien fait pour arrêter les massacres et, en fait, ont cherché activement à faire en sorte que leurs plans ne seraient pas aller de travers.6 Ils avaient à leur disposition des milliers de soldats, mais ils ne leur ont jamais ordonné d’intervenir.7 En fait, les gardes nationaux, les policiers armés et les fédérés étaient parmi les participants les plus actifs dans les massacres.8 Plutôt que de tenter de mettre fin à la tuerie, la Commune a pris des mesures pour empêcher toute fuite. Dans la soirée du 2 septembre, elle a ordonné «les assemblées générales des sections à prendre tous les moyens possibles pour empêcher l’émigration par la rivière».9 Quand, au matin du 3 septembre, un membre de la Commune a annoncé qu’il avait entendu (à tort) que «les prisonniers de Bicêtre … se défendent contre ceux qui [étaient venus de les massacrer]», il a demandé «une force armée imposante pour les réduire le plus tôt possible».10 Lors de la séance du soir, ils ont annoncé «que la nouvelle d’une insurrection armée, de la part des prisonniers de Bicêtre, contre la garde nationale» était incorrecte.11

Notes:

1«Mais, lorsqu’un petit nombre d’individus s’est chargé d’égorger, au nom de la Nation entière; lorsque des Magistrats, des Sénateurs même sont restés presque muets spectateurs des massacres; lorsqu’ils n’ont pas employé toute leur autorité pour arrêter les scélérats teints de sang; il s’agit de savoir s’ils étaient comprimés par une force supérieure à leur pouvoir, ou bien s’ils étaient initiés eux-mêmes à ces épouvantables délits», Louis Marie Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, à dater du 24 août 1787 (Paris: Prudhomme, 1797), 88-89.

2«Le fait que les massacres récents à Paris étaient planifiés plusieurs jours auparavant, est confirmé par chaque compte rendu depuis …. Toutes les personnes soupçonnées d’aristocratie ont été enregistrées et envoyées en prison … car plusieurs savaient ce qui allait suivre. Cela a été considéré comme le plus sûr moyen de se débarrasser de ces gens», Times (Londres), le 14 septembre 1792; «une grande partie des prisonniers de cette maison [l’Abbaye] y avait été envoyé peu de jours avant, par ordre de l’Assemblée nationale, de la Municipalité et du comite central de surveillance de la Commune», Prudhomme, Histoire générale, 108; «cette bande d’assassins était aussi mesuré dans les meurtres qu’ils ont commis, qu’ils étaient avant sauvages et impatients», «Extrait d’une lettre privée de PARIS, datée du jeudi soir, dix heures, le 6 de ce mois», Times (Londres), le 10 septembre 1792.

3Philippe Buchez et Joseph Benjamin, ed., Histoire parlementaire de la révolution française, 40 vols. (Paris: Paulin, 1834-38), 17:432-433; Charles Elie de Ferrières, Mémoires du marquis de Ferrières, 3 vols. (Paris: Baudouin frères, 1822), 3:230-231; P.-A.-L. Maton de la Varenne, «Les crimes de Marat et des autres égorgeurs ou Ma Résurrection où l’on trouve non seulement la preuve que Marat et divers autres scélérats, membres des autorités publiques, ont provoqué tous les massacres des prisonniers, mais encore des matériaux pour l’histoire de la Révolution française», (Paris: 1795), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 152; des massacres ont eu lieu dans toute la France en septembre, à Reims, Meaux, Versailles, Lyon, Caen, Gisors et Orléans, mais nulle part au même degré, Prudhomme, Histoire générale, 165, 170, 184, 189, 198, 208; Frédéric Bluche, Septembre 1792: logiques d’un massacre (Paris: R. Laffont, 1986), 103-106; article daté de Paris, le 10 septembre 1792, Vermont Gazette (Bennington, VT), le 30 novembre 1792; Marie Louise Victoire de La Rochejaquelein, Mémoires de madame la marquise de La Rochejaquelein (Paris: Baudouin frères, 1823), 26.

4«Séance du Lundi 3 [septembre]», Journal de Paris, s. d.

5«Les principaux membres de la commune, retirés à la mairie, dirigeaient les assassinats», Ferrières, Mémoires, 3:228.

6L’Hôtel de Ville, à l’époque, était situé dans le complexe du Palais de Justice dont la prison de la Conciergerie était une partie; donc, les massacres se déroulaient juste devant les fonctionnaires de la ville et ils n’ont rien fait pour les arrêter, Jean-Claude-Hipolite Méhée, «La verité toute entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792», (Paris: 1794), Louis Léon Théodore Gosselin, ed., Les Massacres de Septembre (Paris: Perrin, 1907), 177; la Commune a voulu montrer sa compassion en ordonnant que tous les gens en prison pour dettes soient libérés», «Procès-verbaux», le 2 septembre 1792, M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792, (Paris: Firmin-Didot, 1881), 188; «Procès-verbaux», le 2 septembre 1792, Histoire parlementaire, 17:361; furent également élargies des différentes prisons quatre cent dix femmes, des criminels endurcies, qui, en raison de leur libération par la Commune, sont devenues acteurs dans les jeux révolutionnaires des Jacobins, Prudhomme, Histoire générale, 120.

7«Une force armée imposante eût été nécessaire et facile à trouver, si la Commune n’avait été la directrice de ce grand attentat», Prudhomme, Histoire générale, 104; François-Auguste de Frénilly, Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France (Paris: Plon-Nourrit, 1909),173; Ferrières, Mémoires, 3:229; «J’ai vu trois cents hommes armés faisant l’exercice dans le jardin du Luxembourg, à deux cents pas des prêtres que l’on massacrait dans la cour des Carmes: direz-vous qu’ils seraient restés immobiles si on leur eût donné l’ordre de marcher contre les assassins?», Mercier, «Nouveau Tableau de Paris», Mémoires sur les journées, xi-xii.

8Pendant que Jourdan rentrait chez lui aux petites heures le 3 septembre, il a vu un détachement de gardes nationaux postés à la porte et quand il a essayé de partir, ils lui ont dit qu’ils avaient reçu l’ordre du commandant du bataillon «de laisser entrer tous les hommes et de n’en laisser sortir aucun»; Jourdan leur a dit qu’il était«étonné qu’il vous ait donné de tels ordres sans en avoir parlé au comité», Antoine-Gabriel-Aimé Jourdan, «Déclaration du ancien président du district des petits-augustins et de la section des Quatre-Nations», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 111-112; Ferrières, Mémoires, 3:229; Roch Ambroise Cucurron Sicard, «Relation adressée par M. L’abbé Sicard, instituteur des sourds et muets, à un de ses amis sur les dangers qu’il a courus les 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 76; Paysac de Fausse-Lendry, «Quelques-uns des Fruits amers de la révolution et une faible partie des journées des 2 et 3 septembre 1792», M. F. Barrière, ed., Mémoires sur les journées de septembre 1792 (Paris: Firmin-Didot, 1881), 57-58; Maton, «Les crimes de Marat», Gosselin, Les Massacres de Septembre, 139, 146.

9«Procès-verbaux», le 2 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 191.

10«Procès-verbaux», le 3 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 197.

11«Procès-verbaux», le 3 septembre 1792, Mémoires sur les journées, 203.

Traduit de l’anglais par Cali St. Just

Version anglaise Copyright 1999 Armand St. Just

Version française Copyright 2014 Armand St. Just et Cali St. Just

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