Un aperçu à «Une odeur nocturne» de Léon-Paul Fargue

«Une odeur nocturne» de Léon-Paul Fargue est un poème enchanteur et émotif.  Les éléments de thème, d’image, et de structure se mélangent pour créer un chef-d’oeuvre de la poésie française du vingtième siècle.

En 1893, à l’âge de dix-sept ans, Fargue a publié sa première oeuvre en poésie.  Il étudiait avec et était l’ami de plusieurs poètes éminents de la fin du dix-neuvième siècle–des poètes traditionnels.  Fargue est un poète de qualité qui était admiré et reconnu dans la communauté poétique française (quoiqu’il n’ait jamais reçu l’acclamation bien diffusée de son vivant).  On l’a appelé un précurseur du surréalisme, mais cela l’a offensé et il continuait à suivre la batterie de son propre tambour, n’appartenant à aucune école, à aucun mouvement.  Fargue était une personne legendaire dans Paris.  On le connaissait comme «le poète et piéton de Paris».  «Le dernier des Bohèmes» a eu une attaque d’hémiplégie en 1943 et il est mort en 1947.

«Toute ma vie a été l’entrelacement d’un chagrin secret et d’une apparente joie de vivre» a écrit Fargue.1  Cet entrelacement est évident dans «Une odeur nocturne».  Dans ce poème, il s’agit d’une personne qui flotte au loin dans ses souvenirs.  Par exemple, la première phrase:  «Une odeur nocturne, indéfinissable et qui m’apporte un doute obscur, exquis et tendre, entre par la fenêtre ouverte dans la chambre où je travaille».  Dans les lignes subséquentes, il s’efforce à établir la scène et à créer l’exhalaison d’une mémoire comme un rêve, ou de même qu’une mémoire remplie de fantaisie.  Au deuxième tiers du poème, Fargue déchiffre nettement le thème:  «Des souvenirs dansent une ronde enfantine».  Les lignes suivantes font descendre le rêveur, plus proche à la réalité des estrades étincelantes de la fantaisie, et la douleur remplace l’anesthésie éthérée:  «Et je pense à quelqu’un que j’aime…et à son regard qui m’est invisible…».  Quoique le thème principal d’«Une odeur nocturne» soit des souvenirs, un autre thème est apparent aussi dans ce poème, cristallisé dans la citation susdite:  le thème du bonheur impossible.  On trouvait ce thème dans les poèmes de Fargue depuis le commencement.  «Une nuit j’ai trouvé–je pense d’avoir trouvé–une chose dont être heureux».2  Sa recherche du bonheur et l’importance qu’il accordait aux sentiments et aux émotions sont évidentes dans ses oeuvres.

Les images dans «Une odeur nocturne» sont nombreuses et variées, excitant plusieurs sens humains.  Fargue faisait des efforts pour écrire «une littérature d’enchantement»3 et il y réussit très bien dans ce poème.  Dans «Une odeur nocturne», Fargue emploie des images des contes de fées pour créer une vision étincelante pour l’âme et les sens.  Par exemple:  «La lampe fait son chant léger, doux comme on l’entend dans les coquillages.  Elle étend ses mains qui apaisent.  J’entends les litanies, les choeurs et les répons des mouches dans son aréole.  Elle éclaire les fleurs au bord de la terrasse.  Les plus proches s’avancent timidement pour me voir, comme une troupe de nains qui découvre un ogre…».  A d’autres endroits, le rêve est plus soumis, comme Fargue évoque des images journalières qui changent le lecteur en rêveur qui flotte au loin dans la mémoire.  Par exemple:  «Des bruits de cuisine s’entassent dans une arrière-cour.  Des voix contradictoires jouent à pigeon-vole.  Une voiture démarre.  Un train crie dans la gare prochaine.  Une plainte lointaine et longue s’élève…».  «Une odeur nocturne» est rempli de métaphores et de la personnification qui aident à créer des images des mots, comme l’application adroite de la couleur à une grosse toile crée un beau tableau.  En plus du paragraphe susdit («La lampe fait son chant léger»), d’autres exemples de l’usage des métaphores et de la personnification dans ce poème comprennent:  «Le petit violon d’un moustique s’obstine.  On croirait qu’un soliste joue dans une maison très lointaine…Un papillon blond comme un fétu de paille se traine dans la petite vallée de mon livre…Une horloge pleure.  Des souvenirs dansent une ronde enfantine».  La vision que produisent les images dans ce poème se joignent pour créer un tableau à la fois fantastique et contenant un air d’authenticité, et qui pousse le lecteur à devenir ravi dans l’oeuvre et à éprouver les émotions de sa propre mémoire.

Fargue a dit:  «Une phrase parfaite marque le point culminant de la plus grande expérience vitale».4  Les phrases d’«Une odeur nocturne» démontrent cette déclaration.  Par exemple:  «Et je pense à quelqu’un que j’aime, et qui est si petit d’être si loin, peut-être, par-delà des pays noirs, par-delà des eaux profondes.  Et à son regard qui m’est invisible…».  On a dit que Fargue arrange et harmonise le désordre.  Et ainsi il le fait.  Il prend les pièces et les morceaux d’un rêve et les tisse dans une belle tapisserie:  Selon Fargue, la poésie est le seul rêve dans lequel on ne doit pas rêver.  Il construit très bien sa poésie et la tricote serré–Fargue ne gaspille pas un mot.  Par exemple:  «Des bruits de cuisine s’entassent dans une arrière-cour.  Des voix contradictoires jouent à pigeon-vole.  Une voiture démarre.  Un train crie dans la gare prochaine.  Une plainte lointaine et longue s’élève…».  Fargue détestait un style qui «n’aiguise pas l’appétit».5  Fargue croyait que le style devrait contenir «une récompense cachée pour le bon lecteur».6  La poésie de Fargue est écrite en prose, ce qui le fait difficile à analyser.  Son vers libre est «gouverné par l’alexandrin»7 et l’octosyllabe.  Par exemple:  «Son nez dessine en l’air quelque vol invisible» (treize syllabes); «Une mouche a posé ses ciseaux dans la lampe» (onze syllabes); «Des bruits de cuisine s’entassent dans une arrière-cour» (treize syllabes); «Des voix contradictoires jouent à pigeon-vole» (onze syllabes); «Elle étend ses mains qui apaisent» (huit syllabes); «Un train crie dans la gare prochaine» (huit syllabes); «Et je pense à quelqu’un que j’aime» (huit syllabes).  On a prétendu de trouver la même tonalité dans toute la poésie de Fargue, et que «la même inflexion, simple mais personnelle, semble porter son travail le long de la première mesure de la chanson à la dernière».8

«Une odeur nocturne» est un beau poème très émotif.  Les éléments de thème, d’image, et de structure se mélangent pour créer un tableau fantastique qui s’anime devant les yeux du lecteur et amène le lecteur dans le monde de ses propres souvenirs.  Le thème même du poème est les souvenirs auxquels tout le monde peut se rapporter.  Le poème, quoique éminement poétique dans la matière du sujet, est construit dans une telle façon que l’on a le sens d’écouter une histoire, une histoire assez authentique, plutôt que de lire simplement un poème rigide.  Les images du poème servent à animer les mots, créant des sons et des visions d’une nature aussi bien fantastique que journalière.  Dans leur totalité, les thèmes, les images, et la structure d’«Une odeur nocturne» se mélangent pour créer une vision vivante et émotionnelle qui attire le lecteur vers une participation active, pendant qu’il flotte dans ses propres souvenirs et pense à quelqu’un qu’il aime «qui est si petit d’être si loin…par-delà des pays noirs, par-delà des eaux profondes…à son regard qui m’est invisible…».

Notes:

1Jean Rousselot, Dictionnaire de la poésie française contemporaine  (Paris:  Larousse, 1968), pg. 95.

2Marcel Raymond, From Baudelaire to Surrealism  (London:  Methuen & Co. Ltd., 1933), pg. 291.

3Debra and Michael Popkin, eds., Modern French Literature, Volume I  (New York:  Frederick Ungar Publishing Co., 1977), pg. 397.

4Raymond, pg. 290.

5Popkin, pg. 397.

6Popkin, pg. 397.

7Raymond, pg. 294.

8Popkin, pg. 397.

Copyright 1985.

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